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Les quatre saisons du domaine Cauhapé

La modernité du Jurançon

Le Chef N 297 OCTOBRE 2019

Sur le Domaine Cauhapé, le vigneron Henri Ramonteu veille à inscrire de nouvelles lettres de noblesse sur l’AOC Jurançon grâce à des blencs secs à la personnalité bien dessinée, toujours accompagnés des vins liquoreux soignés dans ce véritable jardin du Béarn.

L’histoire du domaine s’articule autour de la vie d’Henri Ramonteu. Depuis 39 ans, il exerce son métier de vigneron au cœur de l’appellation Jurançon en pur autodidacte, se laissant guider par sa terre béarnaise d’origine, son intuition et son amour des arômes. Fils d’agriculteur, son attachement à la nature lui confère ce petit supplément d’âme sur ses vins du Sud-Ouest, en restant attaché à ces valeurs de courage et de respect de la terre que cultivent les paysans.
En 1975, il commence à s’intéresser aux vignes et aux cépages autochtones, et bouche ses premières bouteilles dans les années 80, en apprenant le métier sur le tas, en lisant quelques livres comme ceux de l’œnologue Denis Dubourdieu. De quelques lopins de terre de l’exploitation agricole, le Domaine Cauhapé s’agrandit au fil des années, en suivant l’inspiration et la passion grandissante de l’homme. « J’ai planté chaque année un demi-hectare ou un hectare, et aujourd’hui j’en compte 47 », dit-il. Uniquement en cépages blancs. Un constant aménagement pour coller à sa personnalité de perfectionniste et d’avant-gardiste. Car avant la mode du vin blanc sec, alors que la notoriété de l’AOC s’appuyait sur les moelleux, Henri Ramonteu avait déjà flairé cet autre potentiel local.

LA QUETE DES AROMES

Ce qui l’intéresse, « Aller chercher la partie fine des arômes, et faire un vin différent des autres. J’aime faire exprimer tout le potentiel du fruit de la vendange », partage-t-il. Des vendanges manuelles qui s’étalent du 10 septembre à quelques jours avant Noël. Une amplitude qui permet de donner naissance à dix cuvées des vins blancs très distinctes, tant sur l’assemblage des cépages autochtones que sur le profil sec ou plus moelleux. Car si les lettres de noblesse du Jurançon se sont dessinées sur le segment liquoreux, aujourd’hui, changement de mode de consommation oblige, le sec fait office de force sur le domaine Cauhapé. « Il y a 15-30 ans, on fabriquait deux tiers de moelleux, de nos jours c’est deux tiers de secs », assure le vigneron. Le Petit manseng, cépage qui a fait les beaux jours de l’AOC, est utilisé pour fabriquer du vin blanc sec, « c’est notre avenir, notre devenir. Le moelleux est devenu une niche », dit-il.
Grâce à son microclimat, la terre de Jurançon et celle du domaine Cauhapé permettent d’exprimer tout le potentiel aromatique des cépages qui s’épanouissent ici, qu’ils soient petits ou gros manseng, camaralet, lauzet ou courbu (utilisé aussi dans la production de txacoli, le vin blanc du Pays Basque). Ces cinq cépages s’unissent dans l’une des cuvées emblématiques du domaine : la cuvée Geyser.
Sur trois hectares, le vigneron assure des vendanges tardives, avec deux ou trois gelées suivies de jours ensoleillés sur les raisins, pour créer la cuvée Quintessence du Petit Manseng « un vin de prestige, moelleux, avec les fruits confits et secs qui explosent en bouche, c’est une étoile filante ». Pour chacun de ses blancs, le vigneron assure une signature commune : le caractère qui se hisse sur « la fraîcheur complexe et subtile » pour une vision moderne du Jurançon.

Mathilde Jarlie

LE DOMAINE EN CHIFFRES

Production : 250000 bouteilles/an
Exploitation : 47ha de blancs
Employés : 17
Références : 10 cuvées de blancs secs et moelleux
Exportation : 27%